27/05/2020 Synthèse

Analyses de l’enquête sur nos nouvelles vies (Partie 1)


Le travail à distance

Globalement, les participants ont plutôt une opinion positive du télétravail. 12% des propositions soulignent que dans certaines situations, comme une crise sanitaire, mais aussi une grève, ou toute autre situation inhabituelle, cet outil s’est révélé utile et efficace. Certains (7% des propositions) ont même souligné qu’ils étaient plus efficaces en télétravail que chez eux : réunions plus courtes, moins de distractions et de sollicitation de leurs collègues, moins de perte de temps et de fatigue liée aux déplacements…

Certains y voient le futur du travail, et estiment que le télétravail doit être généralisé à l’avenir (9% des propositions). Parmi les raisons pour lesquelles il serait nécessaire d’étendre le télétravail (Q2), on retrouve d’abord la limitation du temps perdu dans les transports (en commun ou individuel), l’amélioration de la qualité de vie du salarié et la baisse de la pollution (respectivement 16, 15 et 14% des propositions). Certains participants considèrent également que mettre en place davantage de télétravail serait une excellente opportunité pour désengorger les villes et améliorer l’attractivité des zones rurales.

Toutefois, le télétravail, bien qu’utile, reste imparfait : pas toujours adapté pour certaines professions, il demande un équilibre complexe à trouver entre vie privée et vie professionnelle, un environnement de travail adapté (calme, bureau à part, pas d’enfants dont il faudrait s’occuper, etc.) et un équipement technique adéquat (connexion wifi rapide, matériel informatique fourni par l’entreprise, etc.). Le besoin de contact avec les collègues est également souvent mentionné, notamment comme raison pour laquelle il ne faudrait pas étendre le télétravail (Q2). 

Une solution médiane a émergé à travers les propositions : autoriser plus souvent, au choix du salarié, le recours au télétravail sur un temps partiel (un à quelques jours par semaine par exemple). 

L’enseignement à distance

Sur le sujet de l’éducation à distance, les participants sont nettement moins enthousiastes que pour le télétravail. L’idée la plus fréquemment énoncée est le creusement des inégalités qui en découle (13% des propositions). Fracture numérique, inégalités d’équipement, accompagnement différent selon le métier des parents sont des facteurs souvent mentionnés. Le manque d’interaction avec l’enseignant, et le fait que les parents n’aient pas les compétences pédagogiques de ce dernier sont souvent cités comme frein. 

Cependant, les participants ont souligné l’avantage que peut représenter ce type d’enseignement dans des situations particulières comme une crise sanitaire, en ajoutant la plupart du temps que cela ne serait pas tenable sur le long-terme

Cette situation serait plus facilement envisageable pour des élèves autonomes, en particulier dans l’enseignement supérieur, ou en complément de l’enseignement présentiel. 

Lorsque l’on interroge les participants sur les raisons pour lesquelles il faudrait étendre (ou non) l’enseignement à distance, le manque d’interaction avec les autres élèves est le principal élément bloquant, avant même les inégalités (15% vs 9%). Cependant, d’autres bénéfices de l’enseignement à distance sont apparus dans la question suivante : la possibilité d’offrir une nouvelle approche pédagogique (autonomisation plus rapide des enfants, apprentissage plus centré sur soi et son ressenti…), la baisse de la fatigue liée au temps de transport ou l’alternance présentiel / virtuel, qui permettrait par exemple de mettre en place un soutien scolaire renforcé ou avoir des classes plus petites. 

Enfin, une autre idée a émergé dans 6% des propositions (6e idée la plus mentionnée) : l’éducation à distance pourrait être un excellent moyen de permettre à un plus grand nombre de personnes d’accéder à des formations. C’est par exemple le cas des personnes éloignées géographiquement du lieu où ils aimeraient poursuivre leurs études, des adultes qui travaillent ou des personnes ayant décroché du système scolaire. 

La télémédecine

Le développement de la télémédecine est vu de façon plutôt positive par de nombreux répondants. Ils considèrent qu’elle peut être un bon complément pour avoir quelques renseignements qui ne nécessitent pas forcément la présence physique d’un médecin, pour des pathologies bénignes ou pour un renouvellement d’ordonnances (32% des propositions). Pour une large majorité des participants, il s’agit d’une avancée très intéressante, qui permet de limiter les déplacements et les contagions. Cela contribue également à  désengorger les cabinets des professionnels de santé et lutter contre les déserts médicaux.

Cependant, les participants soulignent que ce type de consultation n’est adapté ni à tous types de consultations ni à tous types de pathologies. Certaines pathologies, plus lourdes, nécessitent un suivi plus approfondi. Plusieurs participants craignent également un diagnostic imparfait ou incomplet, voire un retard de diagnostic sur des pathologies graves. La perte du lien social avec son médecin (et la perte du soutien psychologique qu’il peut apporter) ainsi que le risque de créer une médecine à deux vitesses –  qui défavorise encore davantage les patients ayant un accès limité aux outils numériques ou une connexion insuffisante – sont des craintes significatives exprimées par les participants. 

Le commerce en ligne

Le commerce en ligne est considéré par les participants comme un outil pratique et utile, notamment en temps de pandémie, mais aussi pour certaines situations particulières (en secteur rural ou dans les zones enclavées par exemple). Toutefois, la crainte de créer du chômage, des emplois plus précaires et de faire disparaître les commerces de proximité est particulièrement répandue.  Pour 5% des répondants, le commerce en ligne doit être repensé et régulé afin de prendre en compte les contraintes sociales et environnementales. Cela permettrait, notamment, de faire en sorte qu’il ne favorise pas principalement les  grandes multinationales de type Amazon.

62% des répondants ne souhaitent pas intensifier leurs achats en ligne après la crise (taux beaucoup plus élevé que la moyenne car correspondant à une question fermée). La raison principale, exprimée dans 34% des contributions, est liée à la nécessité de faire vivre les commerces de proximité. Plusieurs répondants expliquent que cette crise a provoqué chez eux un changement de comportement au profit d’une consommation plus responsable et plus locale, qu’ils aimeraient conserver par la suite.  Le contact avec le vendeur et avec le produit est également un facteur important pour expliquer la volonté des participants de ne pas continuer ou intensifier leurs achats en ligne après la crise (15 et 13% des propositions respectivement). Enfin, certains veulent tout simplement retrouver le plaisir de sortir et de prendre le temps de “faire les magasins”, entendu comme une activité de loisir. Sont également cités le rejet de la surconsommation, les facteurs environnementaux et le manque d’éthique de certaines entreprises de vente à distance. 

Pour les répondants qui souhaitent intensifier leurs achats en ligne, l’achat de produits locaux occupe une place importante (9% des propositions) parmi les types d’achats qu’ils aimeraient continuer à privilégier en ligne. Les achats les plus souvents mentionnés sont ceux d’ordre alimentaire, l’habillement, les achats culturels (livres, contenu multimédia…) ainsi que les biens de consommation courante. On retrouve également, l’électronique, l’électroménager, les produits rares et spécifiques difficiles à trouver en magasin, les produits de bricolage, les cosmétiques, la décoration et les loisirs créatifs… Quelques participants ont également mentionné les produits lourds ou volumineux, qui sont difficilement transportables du magasin à son domicile. 

Les relations sociales à distance

Les outils numériques ont été bien accueillis lors de cette période de confinement. 25% des propositions expliquent que ces outils ont permis aux répondants de maintenir un lien avec leurs proches pendant cette période. Plus marquant encore : dans 19% des propositions, les participants estiment avoir pris davantage de nouvelles qu’auparavant. Parfois, les outils numériques n’ont été qu’un facilitateur dans un contexte de confinement qui peut naturellement faire naître de l’inquiétude pour des proches. Mais pour d’autres, l’utilisation de ces outils a été l’occasion de renouer des liens avec des amis ou membres de la famille éloignés.

Le lien avec les personnes âgées a souvent été mentionné dans les réponses. Du fait de la mise en place d’initiatives dédiées dans les EHPAD ou grâce à une formation rapide au numérique par l’entourage direct, de nombreux participants ont apprécié le fait d’avoir adopté un nouveau mode de communication avec leurs parents ou grands-parents plus âgés.

L’utilisation d’outils numériques a également permis à de nombreux participants bloqués chez eux de vivre à distance des expériences habituellement vécues en présentiel, voire à découvrir de nouvelles activités et occupations permettant de combattre l’isolement. 

Une proportion non négligeable de participants se sont lassés des “apéros-visio” et autres rendez-vous informels en ligne, et dans 14% des propositions, les participants reconnaissent que ces outils ne peuvent remplacer un véritable échange. “C’est mieux que rien” semble être le mot d’ordre. 

Une vie de plus en plus numérique

Les participants sont mitigés sur l’idée que le numérique puisse prendre à l’avenir plus de place dans nos vies. 

Nombreux sont ceux qui soulignent que le lien physique n’est pas remplaçable (25% des propositions). Même si le digital facilite certaines tâches quotidiennes (notamment les démarches administratives), et même si son utilisation semble presque inéluctable aujourd’hui, 18% des propositions présentent le numérique comme un simple outil qui doit seulement nous apporter une aide de complément, et dont nous devons nous servir avec mesure et parcimonie. 

Certains participants ont toutefois une vision bien plus négative du numérique. Facteur de rupture du lien physique (25% des propositions), d’isolement (4%), il “déshumanise” la société et risque à leurs yeux d’occuper une place trop importante dans nos vies (7%). D’autres peurs ont été exprimées, comme les risques d’une utilisation intensive des outils digitaux sur la santé (aussi bien physique que mentale, 4%), le sentiment d’intrusion dans la vie privée (3%) ou encore la recrudescence des fake news et des contenus haineux sur les réseaux sociaux (2%). 

Enfin, quel que soit l’accueil réservé au numérique, certains participants ont souligné la nécessité d’éviter à tout prix une fracture numérique qui créerait deux classes de citoyens, les personnes équipées qui sont en maîtrise et celles qui ne le sont pas (3% des propositions). Ils considèrent qu’il faut veiller à cette préoccupation, par exemple en développant des formations dédiées ou en aidant les familles en difficulté à s’équiper correctement. 

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