27/05/2020 Synthèse

Analyses de l’enquête sur nos nouvelles vies (Partie 2)


 1)  Nos libertés pendant le confinement

Les restrictions de libertés dans le contexte de la crise sanitaire ont été vécues très différemment selon les participants. Dans 26% des propositions, le confinement et les restrictions de libertés n’ont finalement pas été sources de problèmes. Les répondants ont apprécié le calme qui en découlait. De nombreux participants ont également accepté ces restrictions de libertés au nom de l’intérêt général (19% des propositions). Pour ces contributeurs, si la période n’a pas toujours été agréable, elle était à leurs yeux nécessaire, et le caractère impérieux de la situation les a aidés à accepter les restrictions. 5% des contributions témoignent d’un confinement pris “avec philosophie” : une occasion de relativiser ou de se concentrer sur eux-mêmes et sur ce qui est important pour eux. 

Toutefois, tous les répondants n’ont pas vécu les restrictions de liberté de façon aussi positive. Dans 10% des propositions, les participants ont fait part d’un fort sentiment d’oppression. La sensation d’être bloqué chez soi et la référence à l’image de la “prison” sont souvent mentionnées : l’expérience s’est révélée psychologiquement difficile, angoissante et parfois anxiogène. Pour d’autres (6% des propositions), les restrictions de libertés ont été “simplement” sources de frustration, du fait des contraintes créées par les mesures prises pour endiguer l’épidémie et de l’impossibilité de vivre normalement. Le manque de contact humain est souvent mentionné (5% des propositions), et contribue à augmenter ce sentiment de frustration. 

Certains participants partagent des ressentis plus graves, en s’inquiétant de la dérive autoritaire étatique que représentent des mesures non-librement consenties (4%). L’impréparation de l’État est dénoncée dans 3% des propositions ; certains participants ont considéré les restrictions incohérentes (3%), notamment en milieu rural. Enfin, 2% des participations font état d’un sentiment d’injustice, notamment vis-à-vis des contrôles, inégaux selon les lieux de vie. 

2) Renoncer à des libertés pour lutter contre des épidémies

2.1) 55,9% des participants seraient prêts à renoncer à un certain nombre de libertés pour davantage de sécurité face à des pandémies comme le Covid-19.

L’ensemble des participants ayant répondu positivement à la question du renoncement aux libertés s’est vu proposé une liste de catégories :  la liberté de regroupement est la plus souvent citée (25% des propositions), suivie par la liberté de circulation (20% des propositions), la protection des données personnelles (17%) et la liberté d’aller voter (14%), souvent sous réserve de mettre en place un vote numérique ou d’être certains que les élections soient reportées. Certains participants sont prêts à renoncer à toutes les libertés nécessaires (11% des propositions), tant que cette restriction est perçue comme absolument nécessaire et limitée dans le temps. 

Le sujet des données personnelles, en revanche, fait moins consensus. Bien que dans 17% des propositions, les participants déclarent accepter une restriction appliquée au contrôle de leurs données personnelles (notamment via l’usage d’une application de tracking), 2% des propositions refusent expressément l’utilisation de données à des fins de contrôle de l’épidémie.

Quelques participants ont également émis des conditions spécifiques à ces restrictions, notamment une justification claire du gouvernement (1%).

2.2) Pour les 44,1% de participants opposés à l’idée d’une privation des libertés, la première justification est la référence à la liberté comme droit fondamental  et inaliénable (17% des propositions). La devise française a été citée à plusieurs reprises, et l’impossibilité de faire des concessions sur un droit républicain aussi important a été clairement exprimée. Ces participants font davantage confiance au civisme et à la responsabilité de chacun (10% des propositions), considérant qu’avec suffisamment d’explications, chacun saurait adapter par lui-même son comportement, sans avoir recours à des mesures restrictives. D’autant que d’autres solutions pour lutter contre l’épidémie peuvent exister (10% des propositions), moins concessionnelles. Le besoin de vivre normalement est également une doléance fréquemment exprimée  (9% des propositions). 

D’autres participants ont considéré par ailleurs que ces restrictions avaient été rendues nécessaires du fait du manque de préparation des autorités, et espéraient qu’en cas de nouvelle pandémie, l’État serait suffisamment préparé pour ne plus avoir à les imposer (9% des propositions). L’État est également vivement critiqué, certains dénonçant l’autoritarisme de ces mesures (8% des propositions), craignant une impossibilité de retrouver les libertés perdues (4%) et exprimant un manque de confiance envers le pouvoir politique (3%). 

D’autres catégories de participants apparaissent plus mesurés dans leurs réponses : 8% des propositions suggèrent ainsi que certaines restrictions de libertés pourraient éventuellement être acceptées, mais au cas par cas, dans des contextes bien précis. Le sujet des données personnelles s’est avéré très sensible à nouveau, cité dans 9% des propositions comme raison du refus de la perte des libertés dans un contexte de lutte contre une pandémie. Dans 3% des contributions, les participants rappellent que ces restrictions doivent rester absolument temporaires. 

De façon plus minoritaire, certains participants ne sont pas convaincus de l’efficacité de la restriction des libertés (3%), la Covid-19 n’étant qu’une maladie parmi d’autres (2%).

3) Accès aux données médicales

3.1) 53,6% des répondants accepteraient de laisser l’accès à leurs données médicales à davantage de personnes. 

(Q1 : Qui ? / Q2 : Pourquoi ?)

Dans 19% des propositions Q2, cet accès aux données médicales se justifie par l’impératif de mieux soigner, et de soigner plus rapidement, grâce à une meilleure connaissance des antécédents médicaux par le médecin ou du fait d’une collecte facilité des informations de santé par exemple.

De façon très nette, les participants souhaitent que les personnes ayant accès à leurs données médicales soient avant tout membres du corps médical (44% des propositions), qu’ils soient médecins généralistes, spécialistes, en médecine de ville comme en médecine hospitalière. Parmi les justifications, on retrouve avant tout la grande confiance qu’ont les participants envers ces professionnels de la santé (16% des propositions Q2 en font part), notamment parce qu’ils sont tenus au secret médical. La compétence du corps médical pour traiter ces données est également reconnue et mentionnée dans 5% des propositions (Q2). 

La Sécurité Sociale / Assurance maladie arrive en deuxième position, citée dans 21% des propositions. Cela semble s’expliquer par l’usage attendu de ces données : par exemple, 3% des propositions de la Q2 font référence à un meilleur suivi des dépenses de santé par les organismes de sécurité sociale et à un remboursement plus facile.  

L’État et les organismes publics (HAS, ARS, Santé publique France, Etc.) sont mentionnés dans 15% des propositions. Dans la Q2, cette troisième place de l’État peut s’expliquer par la volonté d’utiliser ces données afin d’assurer une meilleure gestion de l’épidémie (18% des propositions) et de mener des politiques de santé publique circonstanciées, fondées sur des données plus précises (6% des propositions).  

Cette volonté d’utilisation des données dans la lutte contre l’épidémie peut également expliquer la proportion importante de messages qui proposent ouvertement l’accès aux données médicales à tout organisme “qui en aurait besoin” (9%), renforcée par la sensation de ne rien avoir à cacher (4%, Q2) en matières d’informations liées à la santé. 

Parmi les profils d’acteurs à qui accorder l’accès aux données médicales des citoyens, les chercheurs ne sont mentionnés que dans 3% des propositions, alors que la volonté d’aider la recherche médicale est exprimée dans 7% des propositions justifiant un partage élargi des données, laissant supposer qu’une partie des chercheurs ont été rattachés par les participants au corps médical en général. 

Une catégorie particulière est source de défiance parmi les participants : les assurances. Dans 2% des propositions, les participants expriment un refus de partager leurs données avec les organismes assureurs. Les participants expliquent cette réticence dans la Q2 par la crainte de pratiques discriminantes si ces organismes avaient accès à des données médicales confidentielles (3%). 

3.2) Pour les 46,4% des participants refusant de transmettre les données à davantage de personnes, le caractère privé et personnel de ces données est le motif le plus cité : dans 20% des propositions, cela justifie en effet le refus de donner accès aux données médicales des citoyens à davantage de personnes. Dans 10% des propositions, les participants considèrent ce partage de données comme une atteinte au secret médical qu’ils ne peuvent tolérer, et craignent la mise en place progressive d’une société de surveillance et de contrôle (4% des propositions). 

Le cas particulier du corps médical apparaît de nouveau : dans 18% des propositions, les participants expliquent que seuls les professionnels de santé devraient y avoir accès. Les répondant ont particulièrement peu confiance en l’utilisation des données qui pourrait en être faite (15%), en particulier par les acteurs privés. En effet, les risques de discriminations sur critères médicaux, dénoncés dans 6% des contributions (embauche, obtention d’un prêt, prix d’une prime d’assurance, etc.), sont un facteur clé. Les participants craignent également une sécurisation insuffisante des données pouvant entraîner des vols ou des fuites d’information, et ce dans 4% des propositions. 

Certains participants ne comprennent pas l’utilité de l’utilisation de leurs données médicales (5%), voire estiment que ces pratiques n’auront aucun effet sur la protection de la population en cas d’épidémie (2%). Un sous-ensemble de répondants (4% des propositions) en appellent à davantage d’informations et à un cadre réglementaire clair (à qui, sous quelles conditions, pendant combien de temps, etc.) avant de donner accès à leurs données, ou souhaitent être en mesure de donner leur consentement éclairé à chaque utilisation de ces données (3%). 

4) Différences de traitement lors de pandémies

4.1) Dans le cas d’une prochaine pandémie, 67,3% des répondants considèrent que traiter des groupes de personnes différemment serait acceptable. 

Pour 23% des propositions, le traitement différencié devrait concerner les groupes à risques en fonction des pathologies (facteurs de comorbidité, personnes les plus à risque du fait de leurs antécédents médicaux, Etc.), puis les régions les plus touchées (16%) et enfin les citoyens les plus âgés (11%). 

Ce traitement différencié devrait avant tout viser à mieux protéger (“discrimination positive” pour 14% des propositions) : priorité pour les tests, masques et autres outils de protection, mise en place de canaux dédiés et d’un suivi plus approfondi sont des exemples de solutions proposées. La mise en place d’un confinement différencié apparaît dans 8% des propositions. Mais les participants divergent sur ce sujet : 5% des réponses suggèrent qu’il ne s’agit pas de restreindre davantage les libertés de ces catégories de personnes par des mesures contraignantes, mais qu’il s’agit plutôt de mener des politiques préventives, en laissant à ces population le choix de s’exposer ou non, en toute connaissance de cause. Les participants souhaitent que ces mesures soient adaptées et justifiées (5% des propositions), voire même traitées au cas par cas (2%). Par ailleurs, plusieurs participants ont mis en avant la nécessité d’aider les personnes à risque dans leur vie de tous les jours (4%) : livraison de courses, soutien de proximité, écoute, afin de lutter contre l’isolement. 

4.2) Pour les 32,7% des participants qui s’opposent à la mise en place de traitements différenciés selon les populations, c’est le principe d’égalité qui prime. Plus précisément, ils considèrent que les citoyens sont tous égaux et devraient être en ce sens traités de la même manière (23%). La crainte de discriminations, de stigmatisation ou de ségrégation de certaines catégories de la population (14%) est fréquemment évoquée. De façon transversale dans 10% des propositions, les participants considèrent que l’âge ne devrait pas non plus être un motif de différenciation, ce critère n’étant pas purement médical. 

Ces participants estiment également qu’il est nécessaire d’en appeler davantage à la responsabilité individuelle des individus, qu’ils soient à risque ou non (6% des propositions) : chacun doit avoir la maîtrise de sa décision de protection ou d’exposition au risque. L’atteinte à la liberté est ainsi mentionnée dans 8% des propositions. Enfin, le recours à des actions de prévention et de maintien des solidarités afin d’éviter de telles mesures, déjà mentionné dans les questions précédentes, s’exprime dans 4% des propositions.

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