Ecotopia – Manifeste du projet humaniste

Ecotopia – Manifeste du projet humaniste

Cela fait trop longtemps que nous nous taisons. Partout sur la Terre, la peur ne cesse de se répandre. L’humanité tremble pour son avenir, celui du vivant et celui de sa planète. Nous ne pouvons plus continuer à fermer les yeux car nous allons bientôt rendre notre dernier souffle. Et avec lui, c’est un vent de colère qui s’abattra sur la Terre. Il est grand temps[i] que les humanistes exposent, à la face du monde entier, un projet durable pour l’humanité. Voici plus de cinquante

Cela fait trop longtemps que nous nous taisons. Partout sur la Terre, la peur ne cesse de se répandre. L’humanité tremble pour son avenir, celui du vivant et celui de sa planète. Nous ne pouvons plus continuer à fermer les yeux car nous allons bientôt rendre notre dernier souffle. Et avec lui, c’est un vent de colère qui s’abattra sur la Terre. Il est grand temps[i] que les humanistes exposent, à la face du monde entier, un projet durable pour l’humanité.

Voici plus de cinquante ans qu’ensemble, scientifiques et économistes ne cessent de confirmer les thèses pessimistes concernant l’avenir de notre civilisation et de nos sociétés modernes. Rien n’y change. Pire encore, ils ont ajouté l’extinction de notre espèce et celle de tout le vivant à la liste des plaies qui nous menacent. Ces prophètes ne sont cette fois pas des charlatans, mais bien de réels chercheurs de vérité, tous unanimes. Nos États avancent, prennent des mesures, mais force est de constater que cela ne fonctionne pas. Pas assez. Selon toutes les estimations, notre date de péremption est fixée entre les dix et cinquante prochaines années. Il est peut-être déjà trop tard, mais nous nous devons de nous préparer à tous les scénarios possibles[ii].

Nous sommes peut-être au premier moment de l’histoire de l’humanité où nous détenons la parole vraie, à la fois tangible et intelligible, celle qui permettra de réellement nous sauver et de sauver notre planète : la science. Nous pouvons maintenant prendre conscience de nos erreurs collectives et choisir de les rectifier tous ensemble. Ce choix, nous nous devons de le faire dès maintenant, tous ensemble, de manière cohérente et coordonnée.

C’est pourquoi nous, citoyens du monde, lançons cet appel au reste de l’humanité. Ceci doit cesser.

Nous ne pouvons penser à un monde meilleur sans repenser notre société de manière radicale. Pour ce faire, nous devrons aussi prévoir toutes les étapes de cette transition. Nous avons parmi nous des ingénieurs, bâtisseurs, penseurs, écrivains, scientifiques, architectes, journalistes, agriculteurs, développeurs, ouvriers, économistes, artisans, médecins, politiciens, artistes, fonctionnaires, historiens, entrepreneurs, traducteurs, cadres, professeurs et tant d’autres, tant de gens passionnés et prêts à travailler ensemble pour repenser notre société d’une manière durable et écologique. Car c’est tous ensemble que nous devons trouver la solution, sans quoi notre mouvement serait vain.

L’état du monde dans lequel nous vivons n’est malheureusement plus à décrire : corruptions, manipulations, violences et vilénies font désormais partie de notre quotidien. Le lobbying, les dérives financières, écologiques, sanitaires, alimentaires, informationnelles, et la surproduction sont devenus les piliers mêmes de notre société. Les guerres commerciales gangrènent nos pays, empêchent les peuples d’avancer. Les catastrophes naturelles sont de plus en plus violentes. Des populations entières sont obligées de fuir leurs pays pour se réfugier dans d’autres, eux-mêmes déjà en difficulté. Les banques centrales jouent maintenant leurs dernières cartes en utilisant des méthodes toujours moins conventionnelles, dans une économie au bord du précipice. Internet fait disparaitre nos monnaies, pendant que nos pays ont toujours plus besoin d’investissements. Les ressources de notre planète disparaissent toujours plus vite, la Terre se réchauffe beaucoup trop vite. Mais l’ère du mensonge est maintenant révolue. Pendant que certains jouent avec des chiffres devant des ordinateurs à trois écrans, les inégalités ne cessent de se creuser. Il est grand temps pour l’humanité de changer ses priorités et d’agir concrètement avant l’effondrement qui vient, pour elle comme pour ses enfants.

Pendant trop longtemps, humanistes du monde entier furent bafoués, méprisés, incompris ou maladroitement repris : nous souhaitons désormais rétablir la vérité sur les mensonges qui ont été proférés en clamant ici, clairement et distinctement[iii], notre conception du monde, notre but, nos tendances et les moyens que nous mettrons en œuvre pour y parvenir. Nous appelons à un humanisme scientifique, concret[iv] et universel, en symbiose avec son environnement, tenant compte de la diversité des cultures et des peuples mais aussi et surtout uni[v] autour d’un même modèle.

Désormais, c’est le spectre d’un effondrement global qui nous hante, et avec lui celui d’une nouvelle Guerre mondiale. Si nous ne trouvons pas d’issue durable à cette crise, alors nous courrons tous définitivement à notre perte, à la fois en tant que civilisation mais aussi en tant qu’espèce. La technologie et le progrès nous ont permis de nous connecter, de nous comprendre, de nous écouter mutuellement et de rendre notre vie meilleure, toujours plus simple et plus saine. Et c’est bien parce que nous croyons en la science que nous savons qu’elle seule peut nous sauver. Nous aspirons donc à tirer le meilleur de ce que l’humain a pu créer pour tout reconstruire, et enfin créer le meilleur des mondes possibles. Les technologies que nous avons aujourd’hui nous permettent déjà de créer ce monde. Le travail qu’il nous reste à faire est de les connecter pour en faire un ensemble uni, cohérent et harmonieux. C’est à cette tâche que nous nous emploierons sans relâche, et ce, jusqu’au bout.

Nous ne pouvons plus raisonner de manière court-termiste comme nous l’avons trop fait jusqu’à présent. Nous avons besoin d’un plan, un plan radical et durable qui nous permettra de nous en sortir tous ensemble. C’est aussi pour cela que nous avons besoin de tenir compte des réalités pour pouvoir changer efficacement de modèle. Nous nous devons donc de montrer l’exemple et de montrer que notre société est pensable, réalisable et durable, le tout dans la paix la plus totale et la plus stable possible. Nous voulons la victoire de l’humain pour l’humain, alors nulle raison de se battre.

Notre ennemi est la précarité. Cette précarité qui gangrène le monde tout entier et qui nous rend égoïstes, violents, ou fous selon son degré. Nous réclamons l’égalité pour tous, partout, car c’est pour nous un devoir de la cité que de fournir à ses citoyens les conditions d’une vie digne et libre. Parce que sans égalité, la liberté n’existe pas, sans responsabilité non plus. C’est pourquoi notre modèle se basera principalement sur les ressources et le développement, et non plus sur la dette. Il sera réplicable, transposable et améliorable à tout moment. Il sera ouvert à tous et sera toujours prêt au changement.

Confiance, transparence, résilience et compréhension des peuples resteront toujours dans nos valeurs. Nous trouverons toujours le moyen de nous faire entendre de manière efficace et pacifique, et nous prouverons au monde que notre société peut maximiser bonheur, connaissance, développement et progrès, tout en étant en symbiose avec la nature et en harmonie avec autrui, dans le respect du vivant.

Les moyens que nous emploierons pour arriver à nos fins seront multiples et variés. Nous infiltrerons chaque pan des sociétés actuelles pour changer les choses de l’intérieur. Quoi qu’il en coute, nous prendrons le pouvoir, et le rendront aux peuples des cités à qui il appartient.

Nous savons que certains mouvements, devenus entreprises, coopératives, associations, organisations non gouvernementales ou même des projets étatiques sont déjà en marche vers le même cap que les humanistes. Nous encouragerons toujours ces mouvements à poursuivre leurs initiatives, et répondrons toujours présent s’ils ont un jour besoin de notre aide. Car nous croyons à l’entraide et au partage comme facteurs de l’évolution[vi], mais nous déciderons toujours d’aller encore plus loin, et libre à eux de nous rejoindre. Comme nous l’avons énoncé plus tôt, nous aurons besoin de tout le monde dans cette transition, et nous serons ouvert à n’importe quelle aide à la réalisation de notre projet, de n’importe quelle nature.

Vive l’écologie sociale.

[i] Tournure de phrase empruntée au Manifeste du Parti Communiste écrit en 1848 par Karl Marx et Friedrich Engels : « Il est grand temps que les communistes exposent à la face du monde entier, leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances ; qu’ils opposent au conte du spectre communiste un manifeste du Parti lui-même. »

[ii] Et surtout les pires. Car c’est en imaginant le pire que l’on peut vraiment appréhender l’ampleur du risque que nous encourrons depuis maintenant plus de cinquante ans et prendre ses dispositions pour agir pour le meilleur. C’est pourquoi notre mouvement se veut aussi radical, pour qu’enfin nous puissions tous vivre dans un monde libre, égal et équitable, où le développement est finalement roi pour l’ensemble de l’humanité et du vivant.

[iii] Pour Descartes, une idée est considérée comme vraie à partir du moment où elle est aperçue comme « claire et distincte ». Il écrit : « J’appelle claire celle qui est présente et manifeste un esprit attentif (…) et distincte celle qui est tellement précise et différente de toutes les autres qu’elle ne comprend en soi que ce qui parait manifestement à celui qui la considère comme il faut ». Descartes, Les principes de la Philosophie, I, 45

[iv] Edgar Morin en 2008, dans une interview accordée au journal Nonfiction, appelle à « un humanisme concret, fait de diversités et d’unité, qui reconnaisse les diversités humaines qui sont des formes de richesse. ».

[v] L’humanisme comme universalisme défendu ici est perçu comme organisme démocratique basé sur la participation, la délibération, le vote, et le consensus, tout en étant en perpétuelle adaptation, toujours visant à une meilleure stabilité et vers une amélioration de lui-même au fil du temps. Cet organisme pourra alors agir avec les peuples à la fois sur le plan personnel c’est-à-dire pour le développement de l’individu, mais aussi du côté de l’intérêt général, c’est à dire de l’ensemble de l’humanité et du vivant, tel un organisme vivant, fait d’unité et de diversité. Autrement dit, il s’agit d’intégrer les peuples et les ressources dans un système complexe vertueux favorisant la symbiose entre les espèces et pour les espèces, tout en développant les libertés individuelles de chacun et la souveraineté des peuples.

[vi] Référence à l’ouvrage de Pierre Kropotkine, L’Entraide, un facteur de l’évolution, dans lequel il conclut : « La protection mutuelle obtenue dans ce cas, la possibilité d’atteindre un âge d’or et d’accumuler de l’expérience, le plus haut développement intellectuel et l’évolution positive des habitudes sociales, assurent le maintien des espèces, leur extension et leur évolution future. »

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