La fin de l’emploi

La fin de l’emploi

Le revenu universel causera l’étiolement des bullshit jobs et améliorera la condition humaine.

Je me réveille, il est autour de 7 heures, le jour point et le chant des oiseaux est aussi fort que d’habitude alors que mes volets automatiques s’ouvrent. On est le 3 mai 2031, et depuis 3 ans maintenant je me consacre à mon activité associative d’animation culturelle et sociale auprès des personnes autistes et des seniors.

Je me souviens, il y a 6 ans, quand après la crise économique causée par le CoVid-19 et les tentatives de relance de la machine capitaliste, la perte de mon emploi en call-center. Je cumulais ça avec de la sous-location AirBNB au black de la chambre de mon F2 de Saint-Ouen pour tenter de joindre les deux bouts, et sans ça, je n’avais plus rien.

Comme le mouvement des Gilets Jaunes avait continué et repris de plus belle après la fin des confinements et la reprise des métiers « de première nécessité » (nous, prolétaires, ramasseurs de poubelles, employés de restaurants, caissières… j’étais caissière aussi au début de ma « carrière » !), j’ai tout lâché et je suis allée sur la ZAD du Véxin. Et on est restés, ZADistes purs et durs et GJ, à défendre le parc naturel contre les projets de « développement local pour la croissance ».

Ce mouvement a grandi, on était 1000 sur place, on est devenu 10000, et on a pris du poids. On s’est organisés, on a appris l’autonomie, on a créé des implantations partout. La République ? C’est nous.

En 2027, on a gagné les élections ! Première mesure, mise en place du revenu universel inconditionnel. Que tu sois Bernard Arnault ou Youssouf Traoré sans-papiers, du jour au lendemain, tu as un revenu garanti (et tes papiers si tu vis en France). On a aussi lancé la grève du loyer des multi-propriétaires, la mise en place de la propriété d’usage des logements, et globalement, on a libéré les gens du servage capitaliste.

Et forcément, qui allait aller en call-center pour vendre des abonnements téléphoniques ? Ces métiers-là ont disparu, non parce que le progrès les avait remplacés, mais parce que les gens ont dit NON aux bullshit jobs.

Moi, je travaille pour mon asso. D’autres continuent dans leur atelier ou usine. Peut-être qu’ils travaillent moins pour leur patron, font un temps partiel et consacrent une partie de leur temps à des activités tierces bénévoles.

On n’a plus besoin de travailler pour vivre. On travaille en vivant. OK, au départ, j’ai profité de mon temps de repos et de mon chômage, puis du revenu universel, pour me reconstruire. J’étais complètement en burn-out et je ne m’en rendais pas compte, car je devais tenir la course.

Mais après quelque temps, forcément, j’ai voulu contribuer de nouveau plus activement à la société.

Les corbeaux qui disaient que les gens seraient des fainéants se trompaient lourdement. On travaille d’autant plus qu’on est libres !

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