Lettre d’un lopin de terre

Lettre d’un lopin de terre

Préambule : le récit ci-dessous est une lettre d’un lopin de terre pour lui-même. Celle ci est écrite dans le futur et a pour destinataire son passé. Un mot d’avenir. Le cycle des trois saisons. Cher moi des années 20, Ca y est, on y est ! Je suis soulagé de pouvoir t’écrire sur ce que je vis présentement. Le mois d’octobre bat son plein, mais saches que le printemps est déjà là. Les cerisiers sont en fleurs. Je n’ai cependant pas vu beaucoup d’abeilles,

Préambule : le récit ci-dessous est une lettre d’un lopin de terre pour lui-même. Celle ci est écrite dans le futur et a pour destinataire son passé. Un mot d’avenir.

Le cycle des trois saisons.

Cher moi des années 20,

Ca y est, on y est ! Je suis soulagé de pouvoir t’écrire sur ce que je vis présentement.

Le mois d’octobre bat son plein, mais saches que le printemps est déjà là. Les cerisiers sont en fleurs. Je n’ai cependant pas vu beaucoup d’abeilles, elles se font rares depuis quelques années. Les feuilles ne sont déjà plus jaunes. Elles n’ont pas fini leur course dans ma parcelle. Les feuilles qui m’effleurent, ce n’est plus qu’un jolie souvenir.

On aura vécu grâce à eux des moments magnifiques ; les arbres prenaient racines, le bétail sauvage se nourrissait de mes offrandes, nous ressentions les amours de jeunesse batifoler sur ma peau. On aura aussi souffert de leurs pas, de leurs poids. Parfois une moissonneuse, parfois des immeubles. C’est toujours mieux qu’une mine tu me diras. Tu te rappelles à quel point tu en a pris des coups, tu te souviens comment c’était.

Ceux qui me piétinent ont connu les guerres, les crises démographiques et sanitaires… Ces humains t’ont oublié.

Les avertissements de notre Mère – tels que les crises biologiques, le dérèglement climatique, les inondations, etc. – ont porté leurs fruits. Ceux qui avaient pu me rejoindre ont innové dans leur mode de consommation.

Tu ne vas pas le croire ? Ils avaient délaissé leur tendre et bien-aimée ville. Ils me regardaient de nouveau. J’ai appris la nouvelle qu’au fur et à mesure. Comme tu peux te l’imaginer, je n’avais pas encore la fibre dans ma chair.

Mais ils n’ont pas pu tous échapper à leur rythme effréné pour venir me retrouver ; ils ont abandonné les plus pauvres, ils ont renforcé les inégalités dans une individualité exacerbée. Tout cela pour une vie qu’ils n’ont jamais souhaité.

Mais reste optimiste ! Tu as connu de beaux jours, le ciel s’assombrira prochainement mais leur résilience te sauvera. Certains ont tout fait pour veiller sur toi. Maman était leur unique maison, leur unique radeau de survie.

Je ne peux pas te promettre que les vingt prochaines années seront les plus belles mais j’ai hâte que tu me rejoignes. Ce que l’on a aujourd’hui est plutôt agréable : il y a la mer à côté, je ne l’avais jamais vu. Lorsqu’elle est arrivée, je les ai vu partir précipitamment, je ne sais pas trop où ils sont ; certains disent qu’ils reviendront. J’espère qu’ils n’ont pas été faire ça ailleurs.

Moi-même, 2040.

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